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Théâtre : Romeo Castellucci et Isabelle Huppert pulvérisent Bérénice

  • Écrit par : Romain Rougé

Bérénice Par Romain Rougé - Lagrandeparade.com/ La « Bérénice » du metteur en scène italien avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre était présentée – en avant-première mondiale – au Domaine d’O de Montpellier. La nouvelle Cité européenne du théâtre, fusion du Printemps des Comédiens et du Domaine d’O, est aussi créditée à la production.

Ce soir-là à Montpellier, il y a ceux qui crieront « rendez-nous Racine ! » et d’autres qui applaudiront le génie. Entre les deux, peut-être la majorité, c’est l’oscillation entre étonnement et enthousiasme poli. C’est sûr, cette Bérénice-là, extrême et délirante, ne laisse pas indifférent. D’abord réduite à un corps humain composé d’éléments chimiques qui nous sont énumérés (on apprend que nos corps contiennent 0,0000003% d’or !) elle finit par s’incarner, spectrale, dans une magistrale entrée en scène. Le millier d’alexandrins quant à lui, se verra carrément hacké et donc désacralisé…

La pièce se déroule comme un seul en scène, les autres protagonistes étant relégués à des tirades projetées en fond de scène (malheureusement peu lisibles) ou à des présences errantes, muettes et fantomatiques. C’est on ne peut plus clair, Castellucci va se concentrer sur Bérénice et sur son interprète qui, on le comprendra plus tard, finira par lui voler la vedette.

Dans cet espace tragico-surréaliste, il y a ce qui fonctionne : l’impressionnante scénographie à l’onirisme transcendant, la volonté de se réapproprier un classique en faisant un choix artistique fort, les sons déments de Scott Gibbons et les magnifiques robes d’Iris Van Herpen (on n’oubliera pas cette incandescente tenue finale !). Il y a sinon ce qui marche un peu moins, à commencer par l’usage d’effets conceptuels du théâtre contemporain qui, souvent ici, n’apportent rien ou pas grand-chose : des danses lancinantes trop déconnectées, les vers récités à l’aide de ce qui est déjà très agaçant en musique – un vocoder !

Puis il y a Isabelle Huppert. La comédienne « synecdoque de l’art du théâtre occidental » apparaît tantôt électrisante et primale (c’est Isabelle Huppert, punto !), criant viscéralement son désarroi jusqu’à donner la chair de poule ; tantôt déroutante quand elle câline un radiateur ou une machine à laver, cadavre déambulant dans les limbes de la solitude… Oui, c’est radical. Mais c’est aussi un moyen subtil de progressivement briser le quatrième mur.

bereniceRamenées à un cauchemar éveillé, ces scènes finissent par former une certaine cohérence et trouvent un écho morbide, celui d’une souffrance abyssale causée par un amour perdu ou par l’inconvénient d’être née ? Bérénice / Isabelle, femme « en désordre extrême » finit par beuguer, littéralement, pour (re)devenir cet amas de corps humain sans âme et uniquement constitué d’éléments chimiques. S’éloignerait-on de Racine pour asséner une virulente critique d’une société solitaire, narcissique, terrifiée et déprimée ? Qui sait…

Bérénice
Avec
Isabelle Huppert
et avec Cheikh Kébé et Giovanni Manzo
et 12 performeurs : Laurent Aroles, Swan Bélémy, Pierre Bienaimé, David Bougnot, Hugo Daubresse, Julien Dégremont, Matthew Ford, Liam-Qhaïs Frih, Hugues Heron, Joël Huta, Théotime Ouaniche, Pao Schachner
Conception et mise en scène : Romeo Castellucci

Musique : Scott Gibbons

Costumes : Iris Van Herpen

Assistant à la mise en scène : Silvano Voltolina

Collaboration à la dramaturgie : Bernard Pautrat

Direction technique : Eugenio Resta 

Technicien de plateau : Andrei Benchea & Stefano Valandro 

Technicien Lumières : Andrea Sanson 

Technicien Son : Claudio Tortorici 

Costumière : Chiara Venturini

Conception maquillage et coiffure : Sylvie Cailler & Jocelyne Milazzo

Répétitrice : Agathe Vidal

Sculptures de scène et automations : Plastikart Studio Amoroso et Zimmermann
PRODUCTION : Cité européenne du théâtre - Domaine d’O - Montpellier,
Societas Romeo Castellucci

Dates et lieux des représentations : 
- Création les 23, 24 et 25 février 2024 au Domaine d'O, Montpellier
- Du 5 au 28 mars 2024 au Théâtre de la Ville - Paris 
- Du 4 au 8 avril : Triennale Milano, Milan
- Les 29 et 30 septembre 2024 : LAC Lugano Arte e Cultura, Lugano
- Du 5 au 10 octobre 2024 : Comédie de Genève, Genève
- Du 18 au 20 octobre 2024 : Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Luxembourg
- Du 7 au 10 novembre 2024 : deSingel Arts Center, Anvers
- Les 23 et 24 novembre 2024 : Temporada Alta, Gérone
- Du 10 au 12 janvier 2025 : La Comédie de Clermont-Ferrand, Scène Nationale, Clermont-Ferrand
 - Du 24 au 26 janvier 2025 : Teatro di Napoli - Teatro Nazionale, Naples
- Du 15 au 17 mai 2025 : Théâtre National de Bretagne, Rennes 


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