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L’étrange défaite : autopsie d’une débâcle

Écrit par Christian Kazandjian Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 4 mars 2018 20:21 Affichages : 465

Défaite Par Christian Kazandjian - Lagrandeparade.fr/ Avec "L’étrange défaite", Marc Bloch a donné un texte d’une profondeur humaine poignante dont l’écho se prolonge jusqu’aujourd’hui.

Sortant de son bureau, un homme se présente à la barre : Marc Bloch, historien, juif non pratiquant, capitaine ayant fait la Première Guerre mondiale, à nouveau sur le front au printemps 1940. Témoin, il conte ces semaines qui conduiront à la débâcle face au Blitzkieg allemand. Procureur, il flétrit l’attitude des états majors, responsables de la défaite, pour cause de pusillanimité, absence de prévision, d’incurie en somme. Puis l’historien, retournant à son bureau, extirpe, s’appuyant sur une carte murale, les racines de cette étrange défaite. Des généraux cacochymes, confits dans leurs certitudes et prompts à accuser la troupe, voire une imaginaire cinquième colonne ; une incompréhension totale des changements survenus dans les canons de la guerre - les Allemands pariaient sur la vitesse, la surprise et l’aviation, quand les généraux français enlisaient les forces combattantes derrière la ligne Maginot. Il en vient, dans sa colère d’homme d’armes -un peu injustement-, à fustiger les ouvriers et les syndicats qui n’ont pas suffisamment sacrifié à l’effort de guerre, quand le danger nazi se faisait plus pressant. Il pointe, avec amertume, la responsabilité des droites munichoises et défaitistes pressées de se jeter dans les bras des Allemands (« plutôt Hitler que le Front populaire » disaient-elles après 1936 ») et accuse certaines gauches de pacifisme bêlant.
Marc Bloch rejoindra le combat clandestin à Montpellier, puis Lyon où il deviendra membre du directoire régional des Mouvements unis de la Résistance, où se croisent des patriotes de tous bords : catholiques, royalistes, communistes. Arrêté en mars 1944, il sera fusillé. "L’étrange défaite", dont le manuscrit fut caché par un ami, sera édité en 1946. Ce qui frappe à l’écoute du texte, bien servi par Eric Auvray c’est son étonnante lucidité, dans des conditions extrêmes de lutte pour la survie de l’auteur. C’est un des rares écrits dans le feu de la bataille, quand il en existe de nombreux témoignant de la Drôle de guerre. Et quand l’acteur ôte son habit d’historien, relevant les manches de sa chemise, on comprend que Marc Bloch entre sur le terrain de l’action, prêt à plonger les mains dans le cambouis de l’action. Et l’appel final à la jeunesse d’un homme de 54 ans, appel à résister à l’oppression et à construire un monde nouveau, balayant les idées rassies de quelques vieux chevaux de retour de la politique, n’en prend que plus de force, aujourd’hui dans un monde où croissent la violence et les inégalités. La délicate mise en scène de Jean Quercy sert un texte essentiel pour la compréhension de situations où se joue la survie même de nos civilisations.

L’étrange défaite
D’après l’oeuvre de Marc Bloch
Mise en scène : Jean Quercy
Avec Eric Auvray

Dates et lieux des représentations: 
- Jusqu'au 12 avril 2018 au Théâtre de Nesle, Paris 6e (01.46.34.61.04), les jeudis à 19h.