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Désobéir d'Anne Monfort: la nécessité de l’engagement

Écrit par Imane Akalay Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 4 février 2018 23:11 Affichages : 438

DésobéirPar Imane Akalay – Lagrandeparade.fr / Autour d’une construction de bois et de toile qui rappelle un radeau ou une tente de fortune, la pièce commence avec le procès de Rob Lawrie, citoyen britannique, bénévole dans la jungle de Calais. Lors d’un retour au Royaume Uni, Rob Lawrie ramène dans son camion deux migrants érythréens adultes, cachés là à son insu, et une petite fille afghane de cinq ans dont le père lui avait confiée la garde. Il est contrôlé et arrêté. L’aide à l’entrée et à la circulation d’un étranger en France est passible de prison. Néanmoins l’avocate de la défense et la juge s’affrontent sur la base de valeurs divergentes, humanité contre justice « légale » : « est-ce qu’on ne devrait pas plutôt parler et débattre de la misère humaine ? », interroge l’avocate.

Au final, pour contourner l’épineuse question du délit de solidarité, l’homme est condamné non pour « aide à l’entrée et à la circulation d’un étranger en France », mais pour mise en danger de la vie d’autrui, car la petite fille cachée dans une couchette ne portait pas de ceinture de sécurité. Ainsi est dressé le tableau de l’absurdité cynique de la justice, principe juridique se confrontant aux valeurs morales.

Flash-back sur les années soixante-dix, décennie de violence contestataire en Europe. Les trois comédiens débattent sur la nécessité de la désobéissance civile, illustrent leur propos par des cas historiques – Pierre Overney, militant ouvrier maoïste, tué en 1972 par un vigile de Renault. Pier Paolo Pasolini, assassiné en 1975 dans des circonstances obscures. Aldo Moro abattu en 1978 par les brigades rouges. Plus tard, Carlo Giuliani, abattu par un agent de police lors d’une manifestation en 2001. Tous hommes de gauches, politiquement engagés. Il ne s’agit pas d’un spectacle documentaire mais d’un cri de colère : les cas cités ne sont pas détaillés mais simplement évoqués, les noms des victimes martelés. Charge aux spectateurs nés trop tard de s’informer par la suite. Mais le message est clair. Il s’agit d’une dénonciation et d’une mise en garde : les morts « politiques » en temps de paix n’existent pas, ne sont pas reconnus en tant que tels. Les comédiens portent le texte avec passion.

Le texte s’inspire du roman de Mathieu Riboulet, "Entre les deux il n’y a rien", ouvrage de réflexion sur l’usage de la violence en politique. La justice considère ceux qui s’insurgent contre l’ordre établi, soit comme des délinquants, soit comme des terroristes. On oublie qu’entre les deux, il y a, non pas rien, mais de la politique. Comme l’affirme l’un des comédiens, « On ne bâtit jamais de monuments aux morts pour les morts de la paix ». Ainsi, la violence meurtrière de cette décennie de désobéissance civile qui a laissé des dizaines d’hommes et de femmes « abattus comme des chiens » est tombée dans l’oubli.

Cette pièce-cri de rage interroge les limites de la justice telle définie par la loi et tache d’éveiller les consciences. Le sujet est passionnant et plus que jamais d’actualité comme l’évoque la première scène. On reste néanmoins un peu sur sa faim car si la référence à l’actualité est évidente, on aurait aimé que les questions soient concrètement posées et débattues : comment vivre ensemble ? les lois doivent-elles évoluer ? la solidarité est-elle un délit ? qu’est-ce qui constitue le respect des droits humains ?

DÉSOBÉIR
Le monde était dans cet ordre-là quand nous l'avons trouvé
 


Conception et mise en scène : Anne Monfort
Écriture de plateau : d'après Entre les deux il n’y a rien de Mathieu Riboulet
Avec Katell Daunis , Pearl Manifold , Jean-Baptiste Verquin
Dramaturgie : Laure Bachelier-Mazon
Scénographie : Clémence Kazémi
Création, régie lumières et Régie générale : Cécile Robin
Son : Julien Lafosse

Dates et lieux des représentations: 

- Du 8 au 21 janvier 2018 - CRÉATION Le Colombier, Bagnolet (93)
- Du 20 au 22 mars 2018 - CDN de Besançon-Franche-Comté (25)