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Le Marchand de Venise : les lois du marché selon Ned Grujic

Écrit par Christian Kazandjian Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 29 janvier 2018 20:44 Affichages : 544

marchandPar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.fr/ Avec "Le marchand de Venise", Shakespeare scrute les tréfonds de l’âme humaine avec ses grandeurs et ses vices.
A Venise les affaires vont bon train en ce début de XVIIe siècle. Les bateaux des marchands cinglent les océans, les banquiers prêtent, et tout ce beau monde s’enrichit : un homme de bien (sans s) est un homme solvable. Le marché dicte la conduite des citoyens et des étrangers qui dotent la cité des doges d’un rayonnement planétaire. Shylock le banquier juif, malgré les humiliations endurées et sa haine pour Antonio le commerçant et armateur, lui prête 3 000 ducats qui doivent faire le bonheur de son jeune ami amoureux de la belle Portia. Le contrat stipule qu’en cas de non-respect des termes, le banquier prélèvera une livre de chair sur le corps du débiteur. La justice, saisie à l’heure de trancher, après qu’Antonio n’a pu satisfaire à ses obligations, prononcera, contre toute attente, la condamnation du juif. On notera que si on donne du Shylock au banquier sollicité pour son argent, on ne le désigne plus que comme : juif quand éclate le litige. Une stigmatisation, bien en cours à l’époque de Shakespeare, de tout un peuple, (mais cela a-t-il vraiment changé ?).
La mise en scène d'Ined Grujic, s’appuyant sur quatre comédiens qui endossent tous les rôles, se travestissant, comme il était de mise dans le théâtre élisabéthain où les femmes n’étaient pas admises sur les planches, joue d’un texte allégé, modernisé, non exempt d’humour. Le décor est à l’échelle d’une cité de poupée : les ponts enjambent des aquariums tour à tour canaux, océans, fonds baptismaux ; les navires sont des pliages de papier. Les quatre chaises à l’échelle humaine se transforment en espace d’habitation, de tribunal, leur taille ramenant à la réalité du drame, car la pièce est d’une noirceur absolue.
Si Shakespeare a donné au texte une teinte antisémite qui a soulevé et continue de soulever les polémiques, comme le signale les comédiens en exergue, ce même texte (à son corps défendant ?) est une dénonciation de l’intolérance et de la brutalité des lois du marché et de celles qui régissent les cités. Si Shylock n’aurait pas hésité à infliger une blessure de chair à son débiteur, ce dernier, avec l’appui de la justice – elle-même trompée par le subterfuge de Portia – applique une blessure bien plus grande à son adversaire contraint d’abjurer sa foi et de se convertir, de nier de fait son identité, afin de ne pas tout perdre : pratique en usage à l’époque de la pièce et plus tard dans les contrées « sauvages » colonisées. Dès lors, quelle blessure est la plus cruelle ? Quant au marché, il impose sa poigne d’airain sans sourciller, avec l’appui d’une justice à la merci des puissants. Heureusement, reste l’amour, ce fort sentiment qui jette dans les bras de l’autre un jeune chrétien et la fille de Shylock, pied de nez shakespearien à la xénophobie que le monde des humains continue de perpétuer, notamment dans les moments de crise.

Le Marchand de Venise 
De William Shakespeare
Mise en scène : Ned Grujic
Avec Thomas Marceul, Julia Picquet, Rémy Rutovic, Antoine Théry

- Jusqu'au 1er avril 2018 au Lucernaire, Paris 6e (01.45.44.57.34, www.lucernaire.fr