Enaut Castagnet et Ximun Fuchs : le Pouvoir de dire oui au Film Non !

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Cinéma Mis à jour : samedi 6 janvier 2018 22:50 Affichages : 942

NonPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Vous avez aimé "Les Nouveaux sauvages", ce film argentin de Damian Szifron (2014), ou  certains films espagnols au bord de la crise de nerf ? Il y a de fortes chances que vous appréciez "Non", de Ximun Fuchs et Eñaut Castagnet, qui raconte l'itinéraire d'une colère. D’un pétage de plomb qui rappelle un peu "Un monde sans pitié" (1989), d’Eric Rochant.

« Bruno, récemment licencié, refuse avec violence un contrôle de gendarmerie. Sa bande de copains va partir en orbite pour sauvegarder ce qu'il leur reste d'humanité ». C’est le pitch de "Non", qui ne donne pas forcément envie : encore un film politique engagé ? Donc triste et ennuyeux ? Que nenni. Développons plutôt. Durant la réforme du Code du travail de 2016, en France, l’usine Radial ferme après un mouvement de grève long et harassant. Jeansé, Juliette, Bruno, Christine et Pierre se retrouvent pour « fêter » entre amis leur prime de licenciement. En rentrant chez lui, Bruno refuse violemment de se soumettre à un contrôle de gendarmerie. "Non" raconte l’itinéraire d’une colère lointaine, furieuse et virale. La bande de copains va partir en orbite pour garder ce qui leur reste d’humanité. Dit comme ça, on comprend mieux.
Ce (premier) film est avant tout une histoire collective. Malgré quelques scènes caricaturales et/ou gros sabots (le syndicaliste, le patron et le SDF : quoique l’humour et le contre-pied rattrapent le coup), il réserve de bons moments de cinéma. A commencer par celle (superbe) qui ouvre le film : un long plan-séquence, en caméra subjective, qui rappelle celui de "La soif du mal" (1958), du grand Orson Welles. Rien que ça ?! Sauf que ce plan génial, qui a dû être répété maintes fois, ne se termine pas par une explosion mais par un coup de colère. Rouge.
Nous sommes dans une cour d’usine occupée, à la fois festive et coléreuse, donc : la CGT rameute ses troupes, deux hommes (deux amis ?) s’engueulent, des enfants passent, des musiciens jouent (ou l’inverse), ici on fait griller des merguez, là ça bouge, ça crie, ça chante, ça pulse de vie et d’énergie. C’est le peuple en lutte. Le soir, des amis se retrouvent pour dîner. Ils picolent et fument de l’herbe qui fait rire. Bientôt vient le moment de rentrer à maison en voiture. Laquelle se fait stopper par deux gendarmes (un homme, une femme). La discussion s’envenime. Bruno dit NON ! Non à l’abus de pouvoir. Non à l’injustice. Le film commence vraiment.  
L'inégalité, l'injustice et l'exigence auxquelles nous expose le monde où l'on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Ou plutôt réagissent… selon les points de vue (ah ! l’histoire des chemises de cadres d’Air France arrachées, vous vous souvenez ?). Répondre à la violence par la violence est-elle la solution ? Nooon ! Evidemment, c’est pas gentil. Sauf que face à la dure réalité du libéralisme sauvage (familles brisées), il arrive qu’on franchisse l'étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. La violence explose… C’est humain, trop inhumain. Mais qui a commencé ? Hein… Trop long à développer ici. Et ce n’est pas le sujet. Ce film a été tourné et pensé à Capdenac (Lot / Occitanie), avec la population locale, devine-t-on et des amis, beaucoup d’amis, et quelques comédiens professionnels du Petit Théâtre de Pain et des membres d'Aldudarrak Bideo. Soit plus de 500 personnes, en comptant l’équipe technique. Le tournage, parfois épique, a duré quatre semaines, au printemps 2016. C’est un projet (une aventure collective, comme on dit) qui associe trois structures qui entendent faire du cinéma autrement. Et cela donne un film différent, attachant, où chaque personnage a son moment de dinguerie enfin libérée. Ce serait signé de Ken Loach, on crierait au génie. Les scènes de pétage de câble sont irrésistibles. On oscille tout au long de l’histoire entre réalisme social et onirisme débridé. Pas de leçon de morale ici, juste de beaux moments de sauvage humanité (les personnages sont à la fois faibles et forts, surtout pas manichéens, avec ces scènes d’amour et d’amitié, de guerre et de fraternité entre adultes. Les plus sages sont les enfants, qui comprennent leurs parents. Notre futur, ces enfants. Mais auront-ils la faculté de dire NON ?!

ALDUDARRAK BIDEO est une structure de production audiovisuelle fondée en 1997, elle est sous forme de Société Coopérative d’Intérêt Collectif SCIC. Elle produit des documents audiovisuels et est éditrice d’un web tv en langue basque, diffusée par internet (www.kanaldude.tv) et au travers de partenariats de diffusion avec des chaînes locales de la TNT qui traitent de la vie du territoire Pays Basque. Cette structure est aussi un centre de ressources au service de l’animation du territoire.



LE PETIT THÉÂTRE DE PAIN est  une troupe permanente constituée de quinze personnes de langues et cultures différentes, qui a été fondée en 1994. Elle réside à Louhossoa, au Pays Basque et y assure la direction artistique de Hameka, lieu de fabrique dédié aux arts de la rue et au théâtre en langue basque. Les choix artistiques se font de manière collective : aller vers un théâtre populaire, jouer là où le théâtre est absent, investir les différents espaces publics tout en gardant l’exigence des propos et un rapport complice avec le public.



DERRIÈRE LE HUBLOT est un Pôle des arts de la rue en Midi-Pyrénées.
Depuis 1996, Derrière Le Hublot mène un projet artistique et culturel sur plus de 30 communes du Lot et de l’Aveyron. Cette association développe son projet culturel autour de formes artistiques qui viennent interroger un espace de vie et ses habitants. Cette démarche de projet culturel de territoire permettant à Derrière Le Hublot d’animer une réelle dynamique d’action culturelle dans laquelle les relations entre artistes, habitants et territoire tiennent une place centrale.
Eñaut Castagnet aura 30 ans cette année. Il est diplômé du Grado supérieur en réalisation, obtenu à la « Escuela de cine et video » d’Andoain en Gipuzkoa. Il est successivement cadreur et assistant réalisateur pour différentes structures. En 2011, il crée Eny production à Bidart et se lance à son compte. Il fait de la communication audiovisuelle. Il développe également un axe arts et spectacles.

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Durée : 1 h 42
Réalisateurs :  Enaut Castagnet et Ximun Fuchs (France)
Production : Le Petit Théâtre de Pain, Aldudarrak Bideo, Irusoin, Derrière le Hublot
Distributeur France (Sortie en salle) : Aldudarrak Bideo

Sortie en salles:  le 31 janvier 2018 ( 30, rue Saint-André-des-Arts : caisse et salles 1 et 2 - 12, rue Gît-le-Cœur, Salle 3 75006 Paris 6e arrondissement)