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Bob Dylan et le rôdeur de minuit : Michel Embareck et Bob et Johnny

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : dimanche 4 mars 2018 21:14 Affichages : 614

embareckPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Décidément, fallait-il en douter ?, Michel Embareck est un sacré lascar. Homme aux passions multiples (le rugby et le polar, entre autres), parmi les journalistes et écrivains français et depuis de nombreuses années, il demeure à 65 ans l’un des meilleurs connaisseurs de la pop-rock music. Lui, il n’a jamais eu besoin de passer à la télé avec le prétexte de faire émerger de « nouvelles stars », ou de se prendre pour un enfant du rock. Embareck, c’était un des piliers de Best, un magazine mensuel pop-rock français en kiosques de septembre 1968 à mars 2000, et en 2016, après avoir publié bon nombre de (remarqués) polars, il nous glissait « Jim Morrison et le diable boiteux ». A l’époque, donc, il avait fait du chanteur iconique des Doors son héros livresque. Là, en ce début d’année, il nous revient avec « Bob Dylan et le rôdeur de minuit »- un roman basé sur le même principe que le précédent et se tenant au principe édicté par Victor Boudreaux, le privé « psychopathe et migraineux » créé par Embareck pour un de ses polars : « Quand la véritable histoire tient en une poignée de lignes, ne reste plus en inventer le roman ». Et quand il s’agit d’inventer, Michel Embareck se pose là en maître à jouer, aussi créatif qu’un Jo Maso ou un Christian Badin, attaquants de génie du rugby français dans les années 1960- 1970…

Début de l’histoire, donc, à Minneapolis en décembre 1961. Titre du chapitre : « Cuits dur du cornet ». Ouverture : « C’est une pièce au plafond trop haut, un vaste espace meublé de bric et de broc, canapé lacéré par les griffes d’un chat noir, tapis râpés qui dissimulent les lames disjointes du parquet, étagères en parpaings et planches de chantier. S’y mêlent livres d’occasion en vrac et disques 33-tours objets de soins religieux… » L’appartement, on l’appelle « hôtel Minnesota », il est situé dans le quartier étudiant de Dinkytown, et vit là une brune aux yeux malicieux, Bonnie Beecher. Des musiciens passent, s’y posent pour une sieste ou fumer un joint. Ce jour-là, un des occupants, regardant l’étiquette du disque sur laquelle figure le nom griffonné au stylo : « Donc, ça y est, te voilà devenu Bob Dylan… Mon vieux Zim (NDLR : Dylan est né Robert Zimmermann le 24 mai 1941 à Duluth, Minnesota) n’existe plus ! Un disque Columbia en plus ! Félicitations ». C’est ainsi et là qu’est né Bob Dylan. Quelques pages plus loin, on se retrouve à Shreveport, Louisiane, le 8 mars 2016 avec le rôdeur de nuit et des barreaux de chaise à pleins poumons. Le rôdeur de nuit, c’est Walter Simmons, 85 ans et 8 mois, ancien animateur radio (« Toute ma vie ou presque, trois soirs par semaine, j’ai pris l’antenne pile à cette heure-là sur KCIJ/1050, la radio de Shreveport (…) Six heures à tenir le crachoir, passer des disques… » Simmons (le double romanesque d’Embareck ?) a tout vu, tout lu, tout entendu de la musique. John Coltrane, Billie Holiday, Bo Diddley, Roy Orbison, Mama Cass, tant d’autres… et aussi Johnny Cash (1932- 2003).
Au carrefour des années 1950-1960, à peine 25 ans, Johnny Cash c’est déjà quelqu’un dans la musique américaine. Pas seulement parce qu’il est marié et père… « Sec et nerveux, Johnny me tenait en respect d’un regard par en dessous, pupilles fiévreuses et épaule droite légèrement tombante, raconte Walter « le rôdeur de minuit » Simmons. Même s’il semblait toujours à deux doigts de faire jaillir un cran d’arrêt de nulle part, sa voix profonde possédait un timbre rassurant. Le visage pâle et émacié de cet homme qui se recoiffait de trois doigts, à la façon d’une petite frappe, respirait le danger tout en éloignant les importuns… » Et Johnny, de raconter comment il a découvert Bob Dylan, chanteur « folkeux » au temps béni du rock. La maison de disques Columbia n’est pas très chaude pour signer ce gamin de 21 ans, voix pincée et casquette de marin pêcheur. Cash traîne dans les couloirs du label, on lui demande son avis- juste comme ça, à tout hasard… et Johnny C. de balancer que, si Columbia ne signe pas le gamin, lui il prend la chanson pour un de ses prochains albums.
Début de l’histoire de Johnny Cash et Bob Dylan, « prixnobelisé » en 2016. Début d’une amitié et d’une correspondance en une décade magique marquée par la guerre du Vietnam, les assassinats de JF Kennedy et Martin Luther King… Nashville, Saïgon, des coups de blues, et puis aussi des rencontres avec Alice Cooper, Marilyn Monroe, Kris Kristofferson (qui, à l’époque, faisait le ménage dans les bureaux de Columbia), Richard Nixon qui deviendra quelques années plus « Tricky Dicky » quand éclatera le Watergate… Quand Johnny rencontre Bob, c’est l’histoire d’une amitié rock. « Bob Dylan et le rôdeur de minuit », c’est aussi l’histoire d’une Amérique qui, en un demi-siècle, a lutté pour les droits civiques et s’est offert, au 21ème siècle et pour la première fois, un président afro-américain en la personne de Barack Obama. Une histoire soufflée dans le vent…

Bob Dylan et le rôdeur de minuit
Auteur : Michel Embareck
Editions : L’Archipel
Parution : 7 février 2018
Prix : 18 €