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Ken Follett : la Renaissance sur écoute

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 8 octobre 2017 18:23 Affichages : 363

Ken FolletPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Le poids lourd de cet automne littéraire, c’est lui. Britannique de 69 ans, Ken Follett est de retour avec « Une colonne de feu »- près de 1 000 pages sur la balance ! En piste depuis près de quarante ans, il a vendu 160 millions d’exemplaires dans le monde pour ses trente précédents livres. On dit qu’il écrit des « romans populaires », qu’il est un « écrivain populaire »- ce n’est pas pour lui déplaire et il en sourit.

Les best-sellers, pour lui, c’est devenu une habitude. Il en est encore de même avec « Une colonne de feu »- troisième volet d’une trilogie dont le premier volet, « Les piliers de la terre », est paru en 1980, suivi d’« Un monde sans fin » (2008). Pour ce troisième (et dernier, promis juré !) volet de la trilogie, on se retrouve à nouveau dans ce village de Kingsbridge. On est au 16ème siècle, et Follett, en grande forme, mêle la grande Histoire et la fiction. La grande Histoire avec trois reines, dont Elisabeth 1ère qui a fondé le premier service d’espionnage et Marie Stuart. La fiction avec le jeune Ned Willard qui, à Noël 1558, revient à Kingsbridge, où tout a changé. Dans cette ville déchirée par les religions, il y a Margery Fitzgerald, celle qu’il voulait épouser mais qui n’est pas de la même religion que lui. On ajoute que Ken Follett n’a pas son pareil quand il s’agit de mixer Histoire et fiction puisque Ned est un espion au service de la reine Elisabeth 1ère. Encore et toujours dans « Une colonne de feu », ce qui fait la marque de fabrique de Ken Follett : le souffle épique. Un roman follement habité par moins de 130 personnages ! Un entretien avec un auteur qui, à tous, fait aimer l’Histoire.

Avant même la parution d’« Une colonne de feu », vous aviez vendu dans le monde 160 millions d’exemplaires de vos trente précédents livres. Vous avez déjà imaginé ce que, physiquement, ça représente ?
Franchement, c’est difficile à imaginer. Peut-être si on les plaçait les uns sur les autres, on ferait une tour qui arriverait à la Lune ! En fait, je suis surtout très content de plaire à des millions de lecteurs. Parce que moi, oui, j’écris pour plaire… J’ai des amis qui me disent : « J’écris pour moi » mais personnellement, ça ne m’intéresse pas. Au plus profond de moi, il y a une chose solidement ancrée : vouloir plaire…

La publicité imaginée par votre éditeur pour Une colonne de feu assure que « Ken Follett met la Renaissance sur écoute ». Ça vous parait une bonne pub ?
Je ne manie pas assez bien la langue française pour saisir le double sens du mot « écoute ». J’ai d’abord pensé à un livre qu’on écoute, un audio-livre… On m’a alors expliqué que c’est aussi un mot pour l’espionnage. Et là, je peux vous assurer que les espions du 16ème siècle faisaient les mêmes choses que ceux du 21ème siècle. Ils surveillent les suspects, dressent les listes des terroristes, interceptent les messages…

En publiant en 1980 « Les piliers de la terre », vous aviez envisagé une trilogie qui s’achèverait avec « Une colonne de feu », trente-sept ans plus tard ?
Quand « Les piliers de la terre » est sorti, ça n’a pas fonctionné immédiatement. Le succès est arrivé quelques mois, quelques années après la parution. Je faisais des lectures dans des librairies et des personnes, régulièrement, me confiaient : « J’aime beaucoup vous lire. Quand allez-vous écrire un roman comme « Les piliers… » ? » Et puis, les ventes ont décollé. D’abord en Italie, et puis l’Allemagne où le livre est resté sur la liste des best-sellers pendant six ans ! Le livre est devenu un phénomène, j’ai envisagé alors une suite. Mais un auteur peut penser à une suite seulement si le livre précédent a connu de belles ventes, c’est la règle du jeu !

Près de 1 000 pages pour un livre, vous ne savez pas faire court !
Tous mes romans de jeunesse étaient trop courts- ils ne comptaient pas plus de 160 pages. Et j’ai réalisé que, lorsque le lecteur apprécie le roman, il ne veut pas que ça se termine. Dans un roman long, vous voyez défiler la vie entière des personnages. Et ça satisfait le lecteur… et l’écrivain !

Comment définiriez-vous Kingsbridge, le village que vous avez inventé pour « Les piliers de la terre » et qui sert à nouveau dé décor à votre nouveau roman ?
Quand j’ai imaginé Kingsbridge, je n’avais pas de modèle précis. Il fallait une abbaye. Et puis, une rivière pour l’eau parce qu’au Moyen Âge, les moines se lavaient beaucoup plus que les gens. J’y ai mis aussi une petite colline… En fait, il faut laisser toute la place à l’imagination. Oui, les romanciers doivent avoir de l’imagination. Et, enfant, j’en avais déjà, j’étais un pirate, le capitaine d’un vaisseau spatial, un cow-boy, un soldat…

Dans vos livres, les femmes occupent une place importante…
Je crée, j’imagine les personnages féminins à l’image de la femme que j’aime. Dans mes romans, les héroïnes sont toujours courageuses, sexy, intelligentes !

Comment jonglez-vous avec l’Histoire vraie et la fiction ?
Premier principe : je ne trafique pas les faits historiques. Je travaille avec une équipe d’universitaires que je paie pour relire mes manuscrits et traquer la moindre petite faute. Après, si dans l’Histoire, on a un meurtre mais qu’on ignore qui l’a commis, alors là je peux imaginer. Par exemple, dans Une colonne de feu, une lettre anonyme a été envoyée à la reine Elizabeth. On ne sait pas qui l’a écrite mais c’est le signal de ce qu’on a appelé par la suite la Conspiration de poudre. Et quand un personnage historique et un fictif se rencontrent et se parlent, si c’est possible, j’emploie les mots utilisés dans la réalité…

Vous êtes catalogué comme un « écrivain populaire ». Ça vous pose problème ?
Pas le moins du monde. Mieux : ça m’est très agréable. Je me demande souvent pourquoi, malgré des idées profondément intéressantes, un roman est difficile à lire. Peut-être est-ce simplement parce qu’il est mal écrit… et je déteste un livre mal écrit !

Depuis plus de quarante ans, vous écrivez des romans. Comment jugez-vous vos premiers livres ?
Je pense à Paul McCartney à qui on demandait ce qu’il pensait des chansons qu’il a écrites à ses débuts. Il répond : « C’est un garçon intelligent qui a écrit ça ». Et moi, quand j’ouvre « L’arme à l’œil », mon premier roman paru en 1980, je suis encore étonné d’avoir écrit aussi bien alors que je n’avais que 27 ans !

Pourquoi écrivez-vous ?
Pour créer quelque chose de bien. Je veux le livre parfait. C’est le plus important, c’est ce qui me fait écrire encore et encore.

Une colonne de feu
Auteur : Ken Follett
Editions : Robert Laffont
Parution : 12 septembre 2017
Prix : 24,50 €