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Blues, féminisme et lutte contre la ségrégation: la voix lance-flamme de Bessie Smith

  • Écrit par : Guillaume Chérel

Bessie SmithPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Pourquoi écrire un nouveau livre sur la chanteuse de blues Bessie Smith, en 2018 ? Stéphane Koechlin, auteur des Routes du Sud à la Vallée heureuse, nous répond : « On vient de fêter le quatre-vingtième anniversaire de sa disparition (au mois de septembre dernier). Elle est l'un des plus grands mythes américains, incarnant la lutte contre le racisme, l'émergence du féminisme et de l'engagement artistique, dominant ce cri blues qui aura largement contribué à détruire la ségrégation aux Etats-Unis.

Ses chansons sont intemporelles, comme Back Water Blues, sur les crues du Mississippi, en 1927, où, décrivant les inondations, elle dénonçait la misère des Noirs. Quatre-vingt ans après, dans l'Amérique de Donald Trump, proche du Ku Klux Klan (que Bessie chassa de sa propriété comme des démons malfaisants), rien n'a changé malheureusement. Et le message de Bessie Smith est toujours pertinent. Quand l'ouragan Katrina a dévasté la Nouvelle-Orleans, en 2005, les naufragés Noirs chantaient Back Water Blues composé un demi-siècle plus tôt. Son chant est toujours aussi moderne, furieux, contrairement aux autres chanteuses de blues de l'époque prisonnières de leurs tics et affèteries. »
Nous voilà éclairés. Il faut dire que le fils du cofondateur de Rock and Folk (feu Philippe Koechlin) sait de quoi il parle, lui qui a publié une dizaine de livres sur le rock, le blues, la pop et le jazz. Il est tombé dedans quand il était petit. Ainsi, grâce à son talent de conteur, il nous ramène dans une Amérique des années 20-30, marquée par le racisme et la prohibition. Le blues ouvre parfois un avenir à de jeunes artistes noirs, issus des milieux pauvres, dont des femmes émancipées pour l’époque. Parmi elles, Bessie Smith, possède un charme singulier, empreint de souffrance mais aussi de sensualité (elle est bi). La magie (noire) issue de l’esclavage fait des merveilles. Sa voix unique l’impose vite comme l’Impératrice du blues. Elle boit, fume, aime. Ses chansons résument la vie des exclus : chagrins, drames, espoirs.
Stéphane Koechlin imagine, sublime des pans de sa vie sans témoins, comme il le fit avec James Brown ou Brian Jones, c’est sa marque de fabrique. Ce n’est pas un simple biographe, c’est un reporter littéraire mais à la française, pas à l’américaine puisque son style est plutôt classique, épuré, mais passionné. Stéphane Koechlin entrecoupe ses effets de plume (il fait souvent sombre, par exemple) par des extraits de faits-divers violents qui ramènent les pieds sur terre, dans la réalité d’un pays encore très raciste. Les envolées lyriques, romancées, rêvées, sont ainsi contrebalancées par la justesse de la vérité. Ce n’est pas un hasard si l’activiste et professeur de philosophie communiste (aux Etats-Unis !) Angela Davis, afro-américaine (que l’auteur qualifie de simple « essayiste ») s’est penchée sur le combat pour la vie de l’artiste de génie Bessie Smith. Comme la texane Blanche Janis Joplin, qui l’a beaucoup imitée à ses débuts, elle avait compris que cette femme affranchie, farouchement libre, resterait dans la légende. La preuve. Près d’un siècle après, sa voix n’a pas pris une ride et dit toujours l’injustice faite aux femmes et aux noirs en général.

Bessie Smith : Des routes du sud à la vallée heureuse
Auteur : Stéphane Koechlin
298 pages
Prix : 20 €
Editions : Le Castor Astral Music

 


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